Le journaliste Dean Takahashi, spécialiste Xbox, enquête sur la fiabilité de la console et révèle quelques informations sidérantes. Une lecture essentielle pour éclairer les coulisses de "l'un des pires désastres de l'histoire de l'électronique grand public".
L'histoire (officielle) est bien sûr connue : les défaillances techniques de la Xbox 360 font parler d'elles depuis la sortie de la console en novembre 2005. D'abord des plantages apparemment isolés, des surchauffes de la brique d'alimentation, puis des anecdotes accablantes (sept consoles en un an et demi chez un couple de joueurs), l'augmentation discrète de la garantie américaine à un an pour enfin, à la mi-2007, concéder des taux de retour "inacceptables". Microsoft débloque alors plus d'un milliard de dollars pour la mise en place d'une garantie rétroactive de trois ans destinée à couvrir le fameux red ring of death, devenu si emblématique de la machine qu'on lui dédie désormais des T-shirts. Beaucoup de questions restent cependant sans réponses : quel est/a été le taux exact de retours ? Quand le constructeur a-t-il eu conscience du problème ? Quel(s) composant(s) sont responsables ? Jusque là, beaucoup de théories, de pièces éparses du puzzle, d'interviews souterraines.

Paru aujourd'hui, le long article de Dean Takahashi, très largement considéré comme le spécialiste de la Xbox (il est d'ailleurs l'auteur de deux livres sur le sujet), propose lui de faire toute la lumière sur ce que l'auteur qualifie de "l'un des pires désastres dans l'histoire de l'électronique grand public". Entre autres révélations sidérantes, on apprend par exemple que Microsoft était au courant des défaillances potentielles de sa machine bien avant sa sortie en magasins. En août 2005 (trois mois avant le lancement), le taux de processeurs principaux défectueux se montait en effet à  84%, tandis que seules 32% des consoles sortant des usines étaient fonctionnelles, un chiffre qui atteindra à peine 70% au lancement. Si la pénurie a fait rage durant tout l'hiver 2005/2006, c'est donc parce que le constructeur fabriquait alors un fort pourcentage de machines défaillantes ; elles étaient 500.000, stockées dans un entrepôt, au printemps 2006. Quant aux retours, ils dépassaient les 1.2 millions de consoles au début de l'année 2007, quelques mois avant que Microsoft n'annonce 11.6 millions de Xbox 360 livrées.

Comment le fabricant en est-il arrivé là ? Selon les informations de Dean Takahashi, la machine a été conçue dans l'urgence, avec l'objectif de précéder Sony et Nintendo à tout prix. Résultat : des ajouts de dernière minute à l'architecture (disque dur, manettes sans fil…) venant obstruer de cruciales entrées d'air, un processeur graphique conçu en la moitié du temps habituel et désormais désigné comme le coupable numéro un des nombreuses pannes dont souffre le système (celui-ci chaufferait tellement qu'il voilerait la carte-mère et ferait sauter les soudures). Egalement accusées : les procédures de test, sur lesquelles Microsoft aurait initialement rogné pour économiser deux millions de dollars, envoyant des consoles défectueuses faussement diagnostiquées comme fonctionnelles sur les étalages. Le journaliste conclut en regrettant, entre autres, la mentalité d'une société avant tout spécialiste du logiciel, habituée du "sortir rapidement et corriger plus tard".

A force de corrections, de radiateurs supplémentaires et de nouvelles cartes-mère, le constructeur semble désormais aller dans le bon sens même si, d'après les témoignages rapportés par Dean Takahashi, il n'est pas encore complètement sorti d'affaire (à titre anecdotique, la troisième Xbox 360 d'Overgame en deux ans est décédée samedi dernier des suites de symptômes apparemment nouveaux). On comprend donc que, sollicité par le journaliste, Microsoft laisse transparaître l'exaspération de ceux qui aimeraient voir leur pire cauchemar enfin derrière eux. "Ce sujet a déjà été abordé de multiples fois dans d'autres magazines, commente sèchement un représentant. Ce nouvel article ressasse de vieilles informations et met en avant des rumeurs et des sous-entendus émanant de sources anonymes dans le but de promouvoir un angle sensationnel, une démarche hautement irresponsable."