Dernière production du surdoué Japan Studio, une invasion de zombies se transforme en une partie de cache-cache loufoque dans les rues de San Francisco, Tokyo ou Londres. Pac-Man et Snake rencontrent la photographie aérienne dernier cri ; néo-rétro et original.
Ca commence par une grosse farce. Hindustan Electronics Co. Ltd, jeune studio indépendant situé en plein Himalaya, aurait développé le jeu, annonce fièrement le logo d'introduction apparaissant à l'écran. Une interview vidéo "spéciale" semble l'attester : un invraisemblable trio d'hurluberlus dopés au curry y revendique la paternité du titre, sur fond de bibelots exotiques cheap, de chèvres, et de techno ringarde. Bien sûr, pas plus d'himalayens derrière les claviers que de poulet tikka dans le sushi. Nouvelle production du surdoué Japan Studio (Locoroco, Patapon, echochrome…), The Last Guy est un jeu 100% nippon réalisé par un certain Masanori Taki, dit Pierre Taki, épaulé à la direction artistique par Hideyuki Tanaka, doubleur de métier ayant, entre autres, prêté sa voix à Otacon dans la version japonaise de Metal Gear Solid 4. Les deux compères avaient déjà travaillé ensemble sur un projet vidéo en 2001 mais les joueurs import se rappelleront peut-être plus facilement de leur dernier titre sur PSP, le très curieux Work Time Fun (également connu sous le nom de Beit Hell 2000 au Japon). Sortie fin 2005, cette compilation de mini-jeux à la répétitivité assumée (placer des capuchons sur des stylos ad vitam eternam, trier des poussins pendant dix minutes, le tout pour gagner quelques maigres dollars) abordait la question de la vie et du travail d'une manière qui n'est pas sans évoquer le terrible Desert Bus ou les épreuves absurdes de Takeshi Kitano.

The Last Guy se plie déjà beaucoup plus facilement aux règles du jeu vidéo divertissement – mais le gout évident des auteurs pour le rétro-gaming, lui, reste intact. Mélange des séminaux Pac-Man, Snake ou Qix, le titre met en scène un héros solitaire devant guider les derniers survivants d'une épidémie en lieu sûr. Les niveaux du jeu, créés à partir d'authentiques photos aériennes haute résolution de villes telles que San Francisco, Washington D.C. ou Berlin, sont des labyrinthes dans lesquels évoluent des zombies hagards, ne quittant leur monotone patrouille que s'ils aperçoivent le joueur. Les survivants, eux, se placent en file indienne derrière le héros, file indienne qu'il devient évidemment de plus en plus compliqué à gérer à mesure qu'elle s'allonge. Explorer chaque recoin de la ville, éviter soigneusement de croiser le champ de vision des mutants et adapter sa trajectoire en conséquence, une stratégie s'installe, d'autant plus passionnante que le jeu impose d'atteindre un certain nombre de civils secourus en un temps limité : faut-il accumuler les rescapés pour maximiser son score, au risque de voir la longue file éparpillée à tout moment par une attaque de zombie, forçant alors à tout recommencer, ou bien jouer sûr en revenant régulièrement au point de rassemblement, quitte à s'interdire de pénétrer dans certaines zones dont l'accès n'est accordé que si l'on est suivi par un grand nombre de survivants ? A la clé, une performance jugée de une à trois étoiles, la note maximale débloquant à terme une poignée de niveaux secrets.

Mais le plus intéressant est peut-être la manière dont le titre s'approprie un espace urbain réel (ici, les fameuses photos aériennes) pour en faire du jeu, une démarche qui n'est pas sans rappeler des expériences similaires telles que le Pac-Man grandeur nature à Manhattan ou le homebrew Collectic sur PSP. Faire cache-cache avec des zombies, c'est bien, mais pouvoir le faire en bas de chez soi, c'est autrement plus excitant. Et sur ce point particulier, The Last Guy est on ne peut plus prometteur. Déjà, des joueurs réclament des niveaux à Detroit, Orlando ou Paris, ainsi qu'un éditeur pour recréer "son quartier ou son école". Mais pourquoi s'arrêter là ? Couplé à un service tel que Google Earth, l'avenir du concept est forcément dynamique ; le site web officiel propose d'ailleurs déjà de générer automatiquement des niveaux simples à partir d'une adresse URL. L'invasion, bien que virtuelle, pourrait-elle alors devenir globale ? Les choses deviendraient, du coup, sérieuses pour la Hindustan Electronics Co. Ltd.


The Last Guy peut être téléchargé sur le Playstation Network PS3 au prix de huit euros. Une démo est également disponible.